Prise de parole - Interview

« Les entreprises ne sont pas encore prêtes pour la 5G »

Interview de Sébastien Soriano, président de l'Arcep pour le journal L'Opinion

Président de l'Autorité de régulation des télécoms, l'Arcep, Sébastien Soriano fait le point sur l'arrivée prochaine de la 5G, sur la loi audiovisuelle et la nécessité de moderniser le droit européen de la concurrence.

Les industriels ne feront pas partie de la procédure d'attribution des licences 5G. C'est une bonne décision gouvernementale ?

Ils seront au cœur de l'attribution de la 5G car l'ensemble des acteurs de l'économie seront à l'avenir utilisateurs de réseaux Ensemble de lignes, de voies de communication, etc., qui desservent une même unité géographique. liés à l'internet des objets (IoT, pour internet of things). Ce sera le cas pour les infrastructures de transport, pour tout ce qui entoure la ville connectée, l'industrie 4.0, etc. On peut aussi imaginer qu'à terme, l'audiovisuel ait recours à la 5G. Le secteur des télécoms doit permettre cette évolution. Aujourd'hui, les opérateurs sont concentrés sur des offres standards. Leur cœur de métier c'est le marché grand public, pas celui des entreprises ; or l'avenir se trouve sûrement là. Grâce à l'IoT, SNCF Réseau dit pouvoir accroître de 20 % la fréquence de passage des trains sur les voies par une gestion beaucoup plus fine du trafic. Pour le groupe, cela représente une création de valeur considérable.

La SNCF pourrait justement créer son propre réseau 5G...

Les entreprises, qu'on appelle " les verticaux ", sont très demandeuses de 4G. Nous venons de leur ouvrir 40 MHz de fréquence pour leur permettre de moderniser leurs équipements. La réalité est qu'elles ne sont pas encore prêtes pour la 5G. L'an dernier, l'Arcep leur a offert la possibilité de réaliser des pilotes en 5G, sans grand succès. C'est tout le contraire en Allemagne où cette technologie est un enjeu majeur pour l'industrie. Nous sommes davantage un pays d'infrastructures. A court terme, ce n'est donc pas plus mal de réserver la 5G aux grands opérateurs télécoms. Notre pari est qu'ils vont modifier leur manière de travailler et faire du sur-mesure pour répondre aux besoins des entreprises. Ils ne l'ont pas fait avec la 4G, ce dont se plaignent beaucoup de grands groupes. Il faut que cela change.

Allez-vous contraindre les opérateurs télécoms à améliorer leurs offres aux entreprises ?

Oui. L'enjeu de l'internet des objets pour le pays est tel qu'on peut effectivement imaginer l'attribution des licences 5G en contrepartie d'obligations ou d'engagements sur ce point. De fait, avec la 5G, la régulation évoluera car nous ne serons plus dans un marché standardisé : demain l'Arcep pourrait devenir un arbitre chargé de trancher les différends entre les opérateurs et leurs clients concernant la pertinence des offres des premiers face aux demandes des seconds. A plus long terme, il faudra construire un nouvel équilibre. Un certain nombre de services 5G seront fournis par les opérateurs, et des fréquences seront utilisées directement par les industriels.

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Propos recueillis par Cyril Lacarrière et Muriel Motte

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