Prise de parole - Interview

Confinement et évolution du trafic internet : « Internet est un bien commun qui nécessite un usage responsable de chacun »

Sébastien Soriano, président de l'Arcep, répond aux questions de France Inter

Comment faire, dans cette période de confinement et de télétravail intensif, pour ne pas saturer Internet ? Certaines plateformes comme Netflix ou Youtube ont dégradé leurs services pour limiter les débits, Disney a également reporté en France le lancement de son site de streaming. Si le système devrait, selon les experts et les opérateurs des télécoms, résister à l'afflux de connexions, ces derniers appellent à un usage raisonné d'Internet. 

Depuis le début du confinement, les usages d'Internet ont changé confirme le président de l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep), Sébastien Soriano. Et si les opérateurs sont "extrêmement mobilisés", assure-t-il, chacun doit réguler sa propre consommation. 

FRANCE INTER : Comment a évolué le trafic Internet depuis le début du confinement ?

SEBASTIEN SORIANO : "D'habitude, le pic de trafic se situe le soir, quand tout le monde rentre à la maison et regarde des vidéos. Là, on le retrouve ce pic du soir quasiment étalé sur toute la journée. Globalement, le réseau est extrêmement sollicité, comme si l'on mettait le trafic d'une autoroute sur une nationale. Chacun doit faire attention à cette charge exceptionnelle et à la manière dont on utilise collectivement cette ressource, ce bien commun qu'est Internet, pour qu'on puisse continuer à tous avoir une activité sur les réseaux."

Qu'est-ce qui change concrètement ? 

"Il y a des choses qu'on faisait au bureau et qui, tout d'un coup, basculent à la maison. Des réunions qui passent en visioconférence, du partage de documents. Il y a plus de remontées de données de la part des utilisateurs vers le réseau que d'habitude. S'il n'y a pas d'explosion, il y a une vraie modification du profil de trafic."

Quelle est la première attitude à adopter ? 

"La première chose à faire, c'est de rapatrier un maximum de choses sur les réseaux fixes, plus robustes, plus stables et dont les ressources sont dédiées. C'est-à-dire que chez vous, vous avez une prise (ADSL, câble, ou fibre) et votre accès n'est rien que pour vous. Si vous avez trois personnes qui se mettent à regarder Netflix ou une vidéo YouTube ou autre sur leur téléphone en 4G, ils vont cannibaliser la ressource des autres, qui ne vont pas réussir à se connecter sur la 4G. Il ne leur restera que la 3G ou la 2G." 

La recommandation des opérateurs est de privilégier les réseaux fixes, donc évidemment le Wi-Fi ou la connexion avec un câble Ethernet à votre box. D'ailleurs, ça sécurise souvent la communication de votre poste de travail. Mais éviter d'utiliser l'internet mobile quand c'est possible. Néanmoins, tout le monde n'a pas nécessairement un bon ADSL ou la fibre. Lorsque vous n'avez pas le choix, il faut utiliser la 4G, elle est là pour ça. En revanche, il faut avoir un usage encore plus responsable et donc vraiment éviter les vidéos autant que possible."

Il faut, dans tous les cas, réduire notre consommation de vidéo ? 

"Il faut éviter d'avoir le père et la mère en visioconférence, pendant que la grande fille de la famille est connectée à sa classe virtuelle et que le petit dernier regarde Netflix. Il faut essayer de prioriser, de hiérarchiser les usages parce que la vidéo  consomme beaucoup de ressources réseau. L'infini n'existe pas, donc il y a forcément une limite. Si tout le monde tire en même temps sans conscience des conséquences, il y a un moment où ça peut taper la limite et faire que certains n'arrivent plus à se connecter."

Mieux vaut télécharger en amont ?

"Ce que l'on peut télécharger, c'est mieux de le télécharger la nuit, après 23h.  Mais attention à ne télécharger que des choses dont on est certain de se servir. Mais globalement, lorsque le réseau commence à se vider des usages courants, on peut le remplir avec d'autres choses comme des téléchargements, des mises à jour."

Si l'on ne respecte pas ces consignes, quel est le risque ?

"Le risque, c'est que certains d'entre nous soient privés de l'usage d'Internet parce qu'il y a trop de monde en même temps et que certains services se mettent quasiment à ne plus fonctionner.  Internet est vraiment, on s'en rend compte, un élément indispensable à notre vie. C'est un bien commun qui nécessite un usage responsable de chacun pour faire en sorte que ça continue à tenir."

Propos recueillis par Xavier Demagny

L'interview sur le site de France Inter