Les 22 et 23 octobre 2012 s'est déroulée, à Lomé au Togo, la 10ème
réunion annuelle du FRATEL sur le thème : " L'accès haut débit fixe et
mobile ".
Lomé, le 23 octobre 2012
A l'invitation de l'ART&P du Togo, la 10ème réunion annuelle
de FRATEL sur " l'accès haut débit fixe et mobile "
a réuni à Lomé, les 22 et 23 octobre 2012, 80 participants
représentant 15 régulateurs membres du réseau francophone
de la régulation des télécommunications et des acteurs
du secteur.
Mme Cina LAWSON, Ministre des postes et télécommunications du
Togo, M. Abayeh BOYODI, directeur général par intérim de
l'ART&P du Togo, M. Mathurin BAKO, président de FRATEL en 2012 et
président de l'ARCEP du Burkina Faso ont rappelé leur attachement
aux échanges rendus possibles par le réseau FRATEL, qui a permis
depuis dix ans de renforcer la coopération entre les régulateurs
francophones et de travailler ensemble à relever les défis de
la régulation d'un secteur dynamique et en constante évolution.
Les réseaux haut débit sont les piliers de la société
de l'information, génératrice de croissance économique,
et les autorités nationales doivent mettre en place un cadre réglementaire
propice à son bon développement.
La première table ronde, présidée par M. Abayeh BOYODI,
a abordé l'accès aux réseaux de télécommunications
pour un aménagement numérique du territoire efficace. Mme Claire
AUDIN du cabinet Clarity et M. Laurent GIILLE de Telecom ParisTech ont souligné
les problématiques spécifiques des pays en développement
en matière d'accès au haut débit, en particulier, les enjeux
des autres réseaux que la seule boucle locale, les freins venant des
monopoles, des prix élevés, et la nécessité de stimuler
le développement de nouvelles applications et services par une libération
des contenus aujourd'hui trop contrôlés. M. Stéphane LELUX
de TACTIS a mis en avant le besoin de mettre en place des accès compétitifs
et sécurisés, de renforcer de la collecte régionale commune
aux réseaux fixes et mobiles. En Roumanie, comme l'a montré M.
Iosif POPA de l'ANCOM, le haut débit fixe couvre 92% de la population
et la fibre se rapproche du citoyen grâce à une concurrence par
les infrastructures, sans exclure parfois le partage des investissements. L'accès
au haut débit mobile est possible sur tout le territoire grâce
à une utilisation efficace du spectre. M. Philipp METZGER de l'OFCOM
de Suisse a rappelé comment la neutralité technologique permet
une flexibilité dans la construction des réseaux. En Suisse, un
dialogue national a été lancé pour réfléchir
à la bonne combinaison des technologies pour un aménagement optimum
du territoire. M. Diomède Jérémie HAGERINGWE de l'ARCT
du Burundi a présenté le partenariat public privé, BBS,
mis en œuvre avec la banque mondiale, qui permettra la mise en place d'un
cœur de réseau national en fibre optique de 1250 km fin 2012 ainsi
que deux projets de déploiement de fibre optique. Enfin, M. Ayité
SATCHIVI a indiqué que Togo Telecom détermine ses déploiements
de réseau en fonction des usages et contenus disponibles.
Présidée par M. DIABY Moustapha Mamy de l'ARPT de Guinée
et introduite par M. Jacques STERN de l'ARCEP de France, la deuxième
table ronde portait sur la gestion des ressources rares en fréquences.
M. Stern a insisté sur le fait que les autorités nationales doivent
accompagner les évolutions constantes du marché mobile en présentant
le cas français d'attribution des licences 3G, qui a permis l'entrée
d'un 4ème opérateur, et des fréquences 4G, montrant comment
la procédure pour la 4G répondait à un triple objectif,
d'aménagement numérique du territoire, de développement
de la concurrence et de valorisation du domaine public hertzien. L'enjeu actuel
est le déploiement du LTE, dont le réaménagement de la
bande 1800 MHz sera une prochaine étape. MM. Malik IDRI et Emmanuel DURAND
du cabinet Clifford Chance ont montré comment le régulateur, chargé
de combiner au mieux les intérêts de l'État, des opérateurs
et des consommateurs, doit déterminer la procédure d'attribution
la plus adaptée par un examen approfondi des caractéristiques
du marché national. MM. Diene Oumar SAKHO de l'ARTP du Sénégal,
Abraham DJEKOU de l'ATCI de Côte d'Ivoire et Abdennabi LATRACHE de l'ANRT
du Maroc, ont soulevé la problématique du besoin de fréquences
pour redynamiser le marché mobile et déployer des réseaux
de 4G : réaménager la répartition du spectre existante
ou attendre la libération des dividendes numériques ? Pour répondre
à cette question, au Sénégal, un comité piloté
par l'ARTP et associant les acteurs du secteur a été mis en place.
En Côte d'Ivoire, un nouveau cadre juridique et institutionnel articulé
autour de trois institutions : une agence de régulation, une agence des
fréquences et agence du service universel, a été créé.
Au Maroc, un processus de réaménagement du spectre pour donner
une meilleure visibilité aux utilisateurs de cette ressource rare et
dont la prochaine étape est la libération des fréquences
de la télévision au profit des télécommunications,
est lancé depuis 2006. Enfin, M. Pidang ALEDI de Togo Cellulaire a suggéré
aux régulateurs de réserver des canaux de la bande 900 pour la
3G, d'harmoniser les bandes pour les différentes technologies et de récupérer
les deux dividendes numériques pour les services de communication mobiles,
marché où le besoin est le plus important.
La dernière table ronde sur les nouveaux services et usages possibles
grâce aux réseaux de nouvelles générations était
présidée par M. Mathurin BAKO. Le représentant de la zone
Afrique de l'Ouest de l'UIT M. Ali Drissa BADIEL a introduit ce sujet et rappelé
que, pour les trois secteurs de l'UIT, le développement d'applications
haut débit est une priorité : la télémédecine,
la e-éducation, le télétravail ou encore la banque électronique
font parties des initiatives soutenues par l'union. Mme Katia DUHAMEL du Cabinet
Bird & Bird a insisté sur le fait que les mesures réglementaires
favorables au développement des usages numériques doivent être
proportionnées pour ne pas brider l'innovation, et doivent permettre
l'émergence d'une concurrence par les services (FAI, contenus) et la
confiance dans l'économie numérique (cybersécurité).
L'Etat doit être un facilitateur pour la création d'usages. Pour
l'ART&P du Togo, représentée par M. Damnam BAGOLIBE, l'évolution
des offres de télécommunications suit les exigences des usagers
en matière de services multimédia, et s'appuie sur l'innovation
technologique et la montée en débit. Un écosystème
ouvert et flexible pour faciliter l'innovation et la création de nouveaux
services doit être instauré. Au Cameroun, comme l'a indiqué
M. Hermann MIASSE de l'ART, les transactions bancaires à partir de son
téléphone portable ou de son ordinateur ; le suivi d'une formation
en ligne, des procédures administratives, la géolocalisation des
personnes et des biens, les diagnostics médicaux, sont devenus une réalité
grâce à l'évolution des réseaux et des tarifs et
la mise en place d'un environnement réglementaire propice. Pour M. Nezih
DINCBUDAK, de France Télécom, le haut débit en Afrique
se fera par le mobile. L'opérateur a lancé de nombreux usages
innovants comme Orange Money, un portemonnaie électronique maintenant
disponible dans 10 pays, ou encore des projets pour l'agriculture, au Niger,
en Côte d'Ivoire et au Mali. Pour prolonger ces initiatives et en développer
de nouvelles, il est nécessaire de créer un environnement stable,
neutre et prospectif. Pour clore cette table ronde, M. Jean-Marie NOAGBODJI,
fondateur du fournisseur d'accès internet togolais CAFE informatique
et télécommunications, a insisté sur le fait que "
le développement consiste à identifier les problèmes des
populations et à y apporter des solutions ". Les besoins spécifiques
des populations les plus pauvres peuvent trouver des solutions dans les services
et applications adaptés développés localement, mais dans
le cadre d'une régulation coordonnée.
La réunion annuelle a par ailleurs été l'occasion d'élire
le nouveau comité de coordination du réseau, l'ARPT de Guinée,
prenant la présidence pour 2013, accompagnée de deux vice-présidents
: l'ARCEP du Burkina Faso et l'ANCOM de Roumanie, qui rentre au comité
cette année. Le prochain séminaire de FRATEL se tiendra en Guinée
au premier semestre de 2013 sur " la mesure de la qualité des services
de communications électroniques : approches, outils et méthodologie
" et la réunion annuelle, dans le courant du deuxième semestre,
en Roumanie sur " la qualité de service : quel rôle du régulateur
pour quels objectifs ? ".