Comment progressent les déploiements de fibre optique en France
?
L'accélération des déploiements a vraiment démarré.
Depuis trois ans, nous avions une progression lente et linéaire des déploiements
mais depuis mi-2012, on commence à avoir une vraie accélération
de cette croissance, et on devrait dépasser à la fin du troisième
trimestre 2012 le cap des deux millions de prises FTTH ("fiber to the home",
soit la fibre jusque dans les immeubles).
Il y a en France plus de 35 millions de lignes téléphoniques desservant
des foyers ou des locaux professionnels: actuellement, environ 2 millions d'entre
elles sont donc éligibles au FTTH. Il faut y ajouter plus de 8 millions
de logements éligibles à des offres sur câble.
Si on veut atteindre d'ici 2025 l'éligibilité sur la totalité
du territoire, il va falloir arriver assez vite, d'ici 3 ans, à un rythme
de croisière de près de 2,5 millions de nouvelles prises par an,
contre 800.000 cette année, et ensuite garder ce rythme pendant plus
de dix ans.
Comment expliquez-vous le fait que peu de Français souscrivent
un abonnement fibre ?
C'est vrai, le nombre d'abonnés reste encore faible. Pour l'instant,
les déploiements s'accélèrent surtout dans les zones denses
et très denses: or, l'ADSL (via le réseau cuivre) y est de très
bonne qualité, ce qui est un atout et une faiblesse, car les abonnés
ne voient pas encore l'intérêt ou l'utilité de passer à
la fibre optique. Dans certains pays d'Europe de l'est, où il n'y avait
pas ou peu d'ADSL, les utilisateurs sont passés directement et rapidement
à la fibre. Il faut aussi constater qu'en France, il y a encore trop
peu de publicité de la part des opérateurs concernant leurs offres
d'abonnement à la fibre: les premières n'ont commencé qu'il
y a quelques mois.
Comment faire pour que les déploiements se passent au mieux localement
?
Il faut une coordination nationale des déploiements, c'est ce qui manquait
jusqu'à maintenant. Le gouvernement vient de décider la mise en
place d'une mission nationale ayant cet objet. Le cadre réglementaire
a été fixé par l'Arcep dès 2011. Il reste à
mettre en place un outil de soutien financier pérenne pour les zones
les moins denses via le fonds d'aménagement numérique du territoire.
Le puzzle se met ainsi progressivement en place. Un autre élément
clé est celui de la main d'œuvre, qui est le nerf de la guerre:
il serait inconcevable que l'on n'arrive pas à atteindre le rythme de
2,5 millions de prises par an par manque de main d'œuvre qualifiée,
alors que le taux de chômage est élevé. Il faut donc recruter
et former plusieurs milliers d'ouvriers, techniciens et ingénieurs pour
réaliser ce grand réseau du 21e siècle.
Propos recueillis par Katia Dolmadjian