Nicolas Sarkozy s’est dit " sceptique " et " réservé "
sur le choix d’un quatrième opérateur mobile. Le processus d’attribution
de la quatrième licence avait pourtant été lancé
début août. L’Arcep peut-elle prendre sa décision en toute
indépendance ?
Le chef de l’Etat est réservé sur ce dossier,
mais pas opposé puisqu'il a laissé publier le décret. Il
a le droit, comme tout citoyen, de manifester son opinion. Cela ne porte pas
atteinte à l'indépendance de l'Arcep, garantie par plusieurs instruments.
C’est son collège qui prend les décisions, à la majorité.
Ses sept membres -dont le président-, sont nommés pour six ans
de façon irrévocable et leur mandat n'est pas renouvelable, ce
qui réduit considérablement la portée d'éventuelles
pressions. Au-delà des textes, l'Arcep est reconnue pour l'indépendance
d'esprit de ses membres. Quant au processus de décision, il est tout
à fait différent de celui qui a cours dans les administrations
classiques : il est beaucoup plus transparent et collégial. Pour revenir
à la quatrième licence, je n’ai reçu aucun appel de l’Elysée,
de Matignon ou d’un élu influent. Ce qui est vraisemblable, c'est qu'en
exprimant sa préoccupation sur la qualité des candidatures, le
Président de la République aura incité le ou les candidats
à améliorer celles-ci, ce qui est évidemment une bonne
chose.
Les trois opérateurs mobiles, France Télécom,
SFR et Bouygues Télécom, ont mené un intense lobbying pour
éviter l’arrivée d’un concurrent. Ils trouvent le prix de la licence
(240 millions d’euros) trop peu élevé. SFR et Bouygues ont déposé
des recours auprès du conseil d’Etat. Ce prix est-il contestable ?
Les conditions d'entrée d'un quatrième opérateur
de téléphonie mobile sont très différentes de celles
des trois premiers, notamment parce qu'il aura moins de fréquences et
qu'il entre sur un marché mature. Le gouvernement a souhaité,
dans une vision patrimoniale (les fréquences sont des ressources publiques
rares), que ce prix soit expertisé par la Commission des participations
et des transferts qui l'a évalué à 240 millions d’euros.
Si cette licence était bradée, nous devrions avoir de nombreux
candidats...
Ils expliquent aussi qu’un quatrième acteur risque
de les fragiliser financièrement, ce qui pourrait les amener à
réduire leurs effectifs. Ces craintes sont-elles justifiées ?
Non. L’arrivée d’un nouvel opérateur a peu de
risques de déstabiliser les acteurs en place. Certes, elle va probablement
les contraindre à baisser leurs marges. Mais si le nouvel entrant engageait
une vraie guerre des prix, vu la taille des opérateurs en place, il serait
le premier à disparaitre.
Le prix du téléphone mobile est-il trop élevé
en France ?
Les prix sont dans la moyenne haute européenne et avantagent
les gros consommateurs. Avec beaucoup d’autres, l’Arcep estime qu’il n’y a pas
assez de concurrence et que l’arrivée d’un quatrième acteur pourrait,
sans mettre en danger les opérateurs en place, être favorable aux
consommateurs.
France Télécom et SFR n’ont pas rempli leurs
obligations de couverture du territoire attachée à leur licence
" 3G ". Leurs réseaux couvrent environ 80% de la population
contre plus de 98% exigés. Seront-ils sanctionnés ?
Nous constatons aujourd’hui des retards au déploiement
des réseaux. Nous allons apprécier comment rattraper ce retard. Mais
l’Arcep ne restera pas inerte [elle peut prononcer des amendes pouvant aller
jusqu’à plusieurs centaines de millions d’euros]. Et elle sera, de même,
très vigilante, s'agissant du quatrième opérateur au
respect de ses engagements de couverture.
En 2007, un premier processus d’attribution de la quatrième
licence n’avait pas abouti [le dossier d’Iliad, déjà candidat,
avait été jugé irrecevable par l’Arcep]. La relance du
processus a été très longue. Est-ce que cette fois, c’est
la bonne ?
Vraisemblablement. Nous pensons avoir au moins une candidature.
Il faudra qu’elle remplisse les conditions de forme et de fond de l'appel à
candidatures, qui sont publiques et consultables sur le site de l’Arcep, notamment
la crédibilité sur le plan technique et financier. Si nous n’avons
qu’un dossier à examiner, la décision sera prise avant Noël.
Sinon, début 2010.
Propos recueillis par Cécile Ducourtieux