Intervention de Jean-Ludovic Silicani, président de l'ARCEP, lors du colloque RuraliTIC, à Aurillac le 13 septembre 2012
Seul le prononcé fait foi
Mesdames et Messieurs les parlementaires et élus locaux,
Mesdames et Messieurs,
J'ai beaucoup de plaisir à me trouver parmi vous aujourd'hui, loin de
l'agitation parisienne, pour apporter la contribution de l'ARCEP à vos
échanges. Je souhaite d'abord vous confirmer le soutien indéfectible
de l'ARCEP à tous ceux, (opérateurs publics comme privés,
collectivités territoriales et leurs délégataires, équipementiers
que l'on oublie trop souvent), qui contribuent à l'aménagement
numérique de notre territoire.
L'engagement de l'ARCEP en faveur de l'aménagement du territoire concerne
autant les réseaux fixes que mobiles. L'Autorité, vous le savez,
s'est battue pour faire appliquer strictement la loi de décembre 2009
relative à la lutte contre la fracture numérique, en instaurant
une zone prioritaire pour les déploiements du très haut débit
mobile. Elle correspond aux territoires peu denses, soit 63 % du territoire
mais 18 % de la population, où les déploiements mobiles devront
être réalisés aussi rapidement que sur le reste du territoire.
L'Autorité s'est également attachée, au cours des dernières
années, à mettre à la disposition des collectivités
territoriales les instruments nécessaires pour qu'elles puissent mener
à bien leur mission d'aménagement numérique des territoires.
Ce soutien s'effectue bien sûr dans le respect du rôle qui doit
être celui du régulateur : l'ARCEP ne définit pas les objectifs
d'une politique d'aménagement numérique qui relève du Parlement
et du Gouvernement ; elle n'en fixe pas non plus les conditions de financement
même si l'ARCEP a toujours été favorable, je l'ai rappelé
à plusieurs reprises, à une mise en place rapide d'un fonds national
de péréquation territoriale ayant un caractère pérenne.
Le régulateur a, en revanche, un rôle décisif à jouer
pour créer un environnement favorable à l'intervention complémentaire
des opérateurs privés et des collectivités territoriales.
Je veux vous en donner quelques illustrations.
*
L'articulation entre les initiatives privées et publiques a été,
depuis 2 ans, un sujet de débat voire de polémique, compréhensible
au regard de l'importance de l'enjeu. Sur ce sujet complexe, quelques précisions
me semblent nécessaires. D'abord, la régulation retenue par l'ARCEP
est neutre pour l'ensemble des opérateurs privés ou publics. Cela
signifie qu'elle n'interdit aucunement aux opérateurs, qu'ils soient
privés ou publics, d'investir où ils veulent (zones très
denses, zones AMII, zones peu denses) dans le déploiement de réseaux
FttH. Ce serait d'ailleurs impossible puisque le droit communautaire, comme
le droit national, ont fait de la liberté de déploiement des réseaux
fixes un principe très clair. Mais, comme toute liberté, celle
des déploiements s'accompagne d'une grande responsabilité car,
pour que le très haut débit pour tous devienne une réalité,
il faut s'assurer de la bonne articulation de l'intervention de tous les acteurs.
Cela suppose non seulement une complémentarité des projets publics
et privés, mais également, et cela est tout aussi important, une
cohérence des différents projets de réseaux d'initiative
publique entre eux. Ma conviction, comme j'ai déjà eu l'occasion
de le dire à de nombreuses reprises, est que seule une planification
stratégique à une échelle géographique suffisante,
comme le permettent aujourd'hui les schémas directeurs (SDTAN), peut
offrir cette cohérence d'ensemble. Ces schémas sont en cours d'élaboration
ou achevés pour la quasi-totalité du territoire. Ils devront être
complétés et réactualisés régulièrement
afin de demeurer l'outil incontournable d'aménagement qu'ils doivent
être. Je rappelle que ces schémas doivent porter sur l'ensemble
des projets de déploiements, fixes et mobiles, à très haut
débit mais aussi sur ceux relatifs à la montée en débit.
En effet, en complément du cadre réglementaire du très
haut débit, établi dès 2010 par l'ARCEP, cadre qui fixe
des règles du jeu stables et communes à tous les acteurs, l'ARCEP
a imposé à France Télécom une offre de montée
en débit, dont les prix et les caractéristiques techniques sont
régulés, afin de permettre aux collectivités territoriales,
notamment celles des territoires les plus ruraux, de disposer d'une solution
pour satisfaire sans tarder aux besoins de leur population. Car, soyons franc,
le déploiement du réseau FttH sera long, même si la contrainte
financière est levée. L'ARCEP se devait donc de mettre à
la disposition des collectivités et de leur opérateur aménageur,
sous certaines conditions, une solution de montée en débit en
l'attente des déploiements FttH. En agissant ainsi, l'Autorité
n'a évidemment pas entendu favoriser le recours à cette montée
en débit, mais plutôt combler un vide et mettre cet outil à
disposition des collectivités territoriales. Cette offre vise aussi à
rapprocher la fibre des abonnés et prépare donc l'arrivée
du FttH.
*
C'est avec la même ambition que l'ARCEP a travaillé depuis près
d'un an à améliorer l'accès aux réseaux de collecte,
ces " routes numériques départementales ", trop souvent
congestionnés et qui, pour ces raisons et légitimement, ont été
l'un des premiers domaines d'intervention des collectivités territoriales.
Ainsi, l'Autorité a obtenu de France Télécom des baisses
de tarifs d'accès à la collecte, en particulier en zone rurale,
mais aussi que France Télécom réalise les travaux nécessaires
pour rendre disponibles les liens de collecte (LFO).
De même, l'ARCEP a demandé à France Télécom
de mettre en place des mécanismes permettant aux collectivités
territoriales, si elles le souhaitent, de s'appuyer sur les réseaux de
collecte existants de l'opérateur historique, plutôt que d'avoir
besoin d'en reconstruire d'autres en parallèle.
*
Complémentarité des acteurs, mais également complémentarité
des solutions techniques : le passage progressif au très haut débit
ne peut procéder d'une approche uniforme mais doit s'appuyer sur des
solutions adaptées à chaque situation. A cet égard, je
voudrais brièvement clore le malentendu qui semble avoir entouré,
ces dernières semaines, la question du VDSL 2.
Le VDSL 2 est une technologie qui permet de fournir des débits importants
(jusqu'à 50 Mbps) sur le réseau cuivre. C'est une technologie
qui permet donc de " doper " l'infrastructure cuivre. Mais une de
ses faiblesses est que cette technologie n'offre des débits supérieurs
à l'ADSL que sur de courtes distances. Au-delà d'1 kilomètre
entre l'équipement actif (situé dans le NRA) et la prise terminale,
le gain devient négligeable. Contrairement à ce qu'on a pu lire
ou entendre, l'ARCEP n'a pas le pouvoir d'autoriser ou d'interdire cette technologie.
L'Autorité a, par contre, imposé à France Télécom,
en vertu du principe de neutralité technologique défini par les
textes européens, d'autoriser l'utilisation, sur sa boucle locale, de
toute technologie, dès lors qu'elle n'est pas susceptible de perturber
le bon fonctionnement du réseau. Afin de garantir que ces études
préalables soient réalisées dans des conditions objectives,
l'Autorité a confié, depuis 2002, à un comité d'experts
indépendants, présidé par une personne à la compétence
et à l'impartialité reconnues, le soin d'émettre des avis
sur les technologies nouvelles demandées par les opérateurs. Ce
comité a la responsabilité d'apprécier les risques de perturbation
du réseau et de préciser les conditions d'introduction de ces
technologies assurant l'absence de telles perturbations.
Début 2011, plusieurs opérateurs ont demandé à
ce comité d'étudier l'introduction du VDSL 2. Le comité
a donc travaillé d'abord de façon théorique, puis, depuis
quelques semaines, en effectuant des expérimentations sur le terrain.
A l'issue de l'ensemble de ces travaux, le comité sera amené à
rendre librement un avis sur l'introduction du VDSL 2 et pourrait accompagner
cet avis des prescriptions techniques appropriées. Les travaux du comité
doivent donc se poursuivre sereinement et sans précipitation, afin de
s'assurer que cette nouvelle technologie ne va pas détériorer
les services existants.
Il ne m'appartient pas de fixer ou de commenter le calendrier des travaux du
comité. L'achèvement des études en cours sur le VDSL dépendra
de la nature des problèmes qui pourront être rencontrés
au cours des expérimentations. Nous pouvons simplement espérer
que ces travaux seront conclus début 2013. Cette étape franchie,
et sous réserve que l'avis du comité soit positif, France Télécom
disposera alors d'un délai de 6 mois pour autoriser l'utilisation de
cette nouvelle technologie par les opérateurs dégroupeurs. Le
rendez-vous est donc au début de l'automne 2013.
*
Même si l'accès de tous, à terme, au FttH doit être
notre horizon, il est nécessaire de recourir à des technologies
comme à des solutions économiques complémentaires pour
répondre au mieux aux besoins variés de chaque territoire. D'ailleurs,
le bon sens, comme les directives communautaires, interdisent à une autorité
publique de prescrire telle ou telle technologie et les utilisateurs ne comprendraient
de toute façon pas en vertu de quel principe on leur interdirait, ou,
à l'inverse, on leur imposerait l'accès à une technologie
donnée.
La multiplication des solutions techniques et économiques permettant
d'aller vers le très haut débit rend de plus en plus nécessaire
une efficace coordination entre les projets de montée en débit
et les projets FttH. Le rôle de planification stratégique des collectivités
et de l'Etat sera ainsi, plus que jamais, essentiel à la réussite
de l'aménagement numérique de notre territoire. Les multiples
rencontres que l'Autorité, son collège comme ses services, ont
organisées ces derniers mois avec les collectivités territoriales
et leurs associations représentatives ont témoigné d'une
très grande convergence de vue sur ce sujet.
Le Gouvernement indiquera sa " feuille de route " pour que le très
haut débit se déploie dans les meilleures conditions possibles
sur l'ensemble du territoire. L'ARCEP apportera toutes ses capacités
d'expertise et son énergie pour que cette grande entreprise collective
réussisse : construire le réseau de communication de la France
pour le XXIème siècle. Vous avez, en l'ARCEP, un acteur public
compétent, actif et attentif aux préoccupations et aux besoins
des collectivités territoriales. Je souhaitais vous le redire aujourd'hui
Je vous remercie.